Elle se disait que le mieux serait peut-être de ne plus jamais aimer. Pouvoir tout effacer, oublier les promesses, recracher ce poison au goût de trahison. Combien de jours et de nuits faudrait-il, cette fois encore, pour cicatriser? Surtout, ne pas penser maintenant aux week-ends à venir. Réapprendre à contrôler les battements de son coeur quand on croit voir l'autre au détour d'un carrefour. Ne pas baisser les yeux parce qu'un couple s'embrasse sur un banc devant vous. Et ne plus jamais, jamais attendre que le téléphone sonne.
S'empêcher d'imaginer la vie de celui qu'on a aimé. Par pitié, ne pas le voir lorsqu'on ferme les yeux, ne pas penser à ses journées. Hurler que l'on est en colère, qu'on vous a trompée.
Que sera devenu le temps de la tendresse, des mains qui se croisaient quand on marchait ensemble?
[...]
Je n'ai plus la force. Je ne veux plus jamais regarder ma montre en me disant que celui que j'aime vient de rentrer chez lui, qu'il s'assied à la table d'une autre, lui dit les mêmes mots, fait comme si je n'avais pas existé... Je ne veux plus jamais me dire que je n'étais qu'un épisode.[...] J'en ai perdu tant de dignité que j'ai même fini par avoir de la compassion pour elle ; je te le jure, je me suis surprise un jour à être en colère des mensonges qu'il avait dû lui faire.[...] Je m'en veux tellement d'avoir été conne à ce point-là. [...] Je ne veux plus jamais d'une demi-vie. J'ai mis des mois à pouvoir croire à nouveau que, moi aussi, j'en méritais une entière.
-Marc Levy : Mes amis, mes amours.
